Essai sur les mécanismes de l'évolution.
Des mécanismes communs à des évolutions très différentes ?
Comparer sans confondre
Pourquoi rapprocher l’évolution des espèces, celle des techniques, des langues, des sociétés ou encore des connaissances ?
À première vue, ces domaines n’ont pas grand-chose en commun. Une espèce vivante ne se transforme pas comme un ordinateur, une langue ou une théorie scientifique. Les mécanismes qui les gouvernent sont différents, leurs échelles de temps aussi, et certains relèvent de phénomènes naturels quand d’autres résultent en partie de décisions humaines.
Et pourtant, lorsqu’on observe la manière dont les choses changent, certaines ressemblances apparaissent.
Une forme peut en remplacer une autre. Elle peut aussi se transformer progressivement, se complexifier, se spécialiser ou, au contraire, conserver très longtemps des caractéristiques devenues apparemment inutiles. Une innovation peut surgir dans un contexte pour lequel elle n’avait pas été prévue. Plusieurs voies indépendantes peuvent aboutir à des solutions voisines. Une solution ancienne peut disparaître… puis réapparaître lorsque les conditions changent.
C’est de cette observation qu’est né cet essai.
Il ne cherche pas à construire une théorie générale de l’évolution ni à ramener des domaines très différents à un mécanisme unique. Il propose plus modestement de les mettre côte à côte et de regarder si certaines formes de transformation se retrouvent d’un domaine à l’autre.
Car évoluer a également un coût.
Changer suppose souvent d’abandonner quelque chose qui fonctionne encore, de modifier des habitudes, d’apprendre, de reconstruire des organisations ou de renoncer à un patrimoine accumulé. C’est aussi pourquoi la meilleure solution ne l’emporte pas nécessairement : celle qui existe déjà bénéficie de son histoire, des investissements réalisés, des compétences acquises et de tout un environnement construit autour d’elle.
Enfin, les évolutions n’avancent pas toujours à vitesse constante. Certaines s’accélèrent, d’autres restent longtemps presque immobiles avant de franchir un seuil. Le hasard, les circonstances et quelques bifurcations parfois minuscules peuvent orienter durablement leur trajectoire.
Le livre passe ainsi de la biologie aux techniques, des langues aux savoirs, des sociétés aux mathématiques, non pour prétendre qu’elles fonctionnent de la même manière, mais pour rechercher ce que leurs transformations peuvent avoir de comparable.
Au fond, la question posée est assez simple : Lorsque quelque chose évolue, qu’est-ce qui change réellement, et par quels chemins arrive-t-il à devenir autre chose ?
Changement, évolution, révolution… des mots proches, mais des mécanismes qu’il faut distinguer.