La ferme perlière

Au bout du Pacifique, dans un monde qui n’existe plus tout à fait.

Un monde au bout du monde

La ferme perlière est née d’un séjour effectué aux îles Gambier à la fin des années 1970. À cette époque, vivre en Polynésie signifiait déjà habiter loin de la métropole. Aller aux Gambier, c’était s’éloigner encore : 1 800 kilomètres séparaient l’archipel de Tahiti, les vols étaient rares, les communications difficiles. Je n’y allais pas comme touriste.

L’occasion s’était présentée de rejoindre la ferme perlière de Robert Wan, alors que la culture de la perle noire était encore une aventure économique et technique. Rien n’était réellement assuré : il fallait élever les nacres pendant des années, faire venir des greffeurs japonais, expérimenter, surveiller l’eau, attendre, puis ouvrir enfin une nacre sans savoir si elle contenait une merveille ou rien du tout.

Le livre raconte cette découverte de la perliculture, mais aussi beaucoup d’autres choses.

Il y a les longues traversées du lagon, les plongeurs, les pirogues, les cabanes sur pilotis, les machines qu’il faut réparer avec ce que l’on a sous la main. Il y a Akamaru, son village abandonné et son église lentement reprise par la végétation, où une cloche peut encore sonner au milieu des ruines.

Il y a aussi des personnages que les circonstances réunissent de façon assez improbable. À la ferme, le milliardaire redevient cuisinier, Miss France fait la vaisselle et le professeur de mathématiques démonte un moteur diesel. Le temps de quelques jours, les statuts sociaux ont beaucoup moins d’importance que ce qu’il faut faire pour que la vie quotidienne continue.

Les Gambier offrent certains des paysages les plus beaux que j’aie vus en Polynésie. Dans les mêmes eaux naissent des perles destinées aux bijouteries de luxe du monde entier. Pourtant, à quelques kilomètres de la ferme, certaines familles vivent alors dans une pauvreté extrême, parfois dans d’anciennes constructions abandonnées, avec très peu de ressources et presque aucun lien avec le monde extérieur.

C’est probablement ce contraste qui m’est resté le plus fortement à l'esprit.

La ferme perlière n’est donc ni un guide de voyage ni vraiment un récit d’aventures. C’est le souvenir, raconté bien des années plus tard, de quelques jours passés dans un monde isolé où cohabitaient une nature somptueuse, une activité économique naissante, des hommes habitués à se débrouiller avec peu, et des réalités humaines beaucoup moins idylliques que les paysages.