Marseille, du XIIIe au XVIIe siècle

Quatre siècles entre libertés municipales, commerce méditerranéen et pouvoir royal.

Une ville qui ne se laisse pas facilement gouverner

Entre le XIIIe et le XVIIe siècle, Marseille traverse quatre cents années de bouleversements. Guerres, épidémies, rivalités politiques, développement du commerce : la ville change profondément, mais conserve déjà ce qui fera longtemps sa singularité.

Marseille est avant tout un port. Elle regarde vers la Méditerranée autant que vers l’intérieur des terres. Marchands, marins, soldats, religieux et voyageurs y croisent des hommes venus d’Italie, du Levant, d’Afrique du Nord et des autres rivages méditerranéens. Cette ouverture nourrit sa richesse, mais aussi une identité particulière, jalouse de ses libertés.

Car Marseille entretient avec les pouvoirs qui cherchent à la contrôler des relations rarement simples.

Au fil des siècles, la ville subit la peste noire, le terrible sac de 1423 par les Aragonais, les luttes politiques de la fin du XVIe siècle et l’épisode étonnant de Charles de Casaulx. Chacun de ces événements révèle à sa manière une cité capable de commercer, de négocier, de résister — et parfois de se rebeller.

Progressivement pourtant, Marseille s’intègre davantage au royaume de France. L’intervention de Louis XIV en 1660 constitue à cet égard un tournant symbolique : le pouvoir royal rappelle brutalement à la ville qu’elle appartient au royaume, mettant fin à une longue tradition d’autonomie municipale.

Mais raconter Marseille uniquement par ses conflits avec le pouvoir serait passer à côté de l’essentiel.

Ce livre s’intéresse aussi à la ville quotidienne : son port, ses quartiers, ses métiers, ses échanges, les hommes qui y arrivent et ceux qui en repartent. Il cherche à montrer comment, derrière les grands événements, se construit lentement une identité urbaine et méditerranéenne qui lui est propre.

Il ne s’agit donc pas seulement d’aligner quatre siècles de dates et de règnes, mais de comprendre comment s’est formée une ville singulière, commerçante, turbulente, souvent rebelle et toujours tournée vers la mer.

Quatre siècles durant lesquels Marseille apprend à devenir française sans jamais tout à fait cesser d’être marseillaise.